Chocs dentaires de l’enfant : Comment éviter le pire ?

Publié le lun, 07/22/2019 - 14:43

1. Chiffres alarmants et situations à risques

Qui est concerné ?



Un enfant peut subir un accident de la vie qui impacte son intégrité corporelle mais c’est dans son quotidien qu’il est le plus souvent victime d’un traumatisme dentaire.
Tous les jeunes sont concernés, et on peut identifier 3 périodes caractéristiques de leur développement où les situations dangereuses changent :

Avant 5 ans : On observe un premier pic d’apparition chez les enfants d’âge préscolaire avec l’apprentissage de la marche, l’exploration de son environnement et les premiers contacts sociaux qui vont favoriser les chutes contre des surfaces dures. L’entrée en maternelle montre une prévalence élevée.
Le tout-petit manque de coordination et n’a pas encore élaboré les réflexes nécessaires à sa protection. 20% des très jeunes enfants subissent une chute ou un choc qui fragilise au moins une de leurs dents temporaires.

Entre 6 et 11 ans : Un deuxième pic est observé entre 8 et 10 ans avec le changement de denture, et le développement psychomoteur et culturel qui accompagnent la croissance : ce sont 50% de enfants qui sont victimes de traumas des dents définitives.

Entre 12 et 18 ans : les adolescents sont encore exposés régulièrement (17%) et de façon croissante à des dommages dentaires dont ils subiront les séquelles toute leur vie.

On observe plusieurs facteurs de risques d’apparition des traumatismes alvéolo-dentaires.
Parmi eux, on trouve :
  • Les facteurs spécifiques à la pratique de certains sports : utilisation de crosse de hockey, de raquettes, la présence de cage de football ou de handball, la pratique de compétition.
  • Les antécédents de traumatismes alvéolo-dentaires
  • Les dysmorphoses dento-maxillaires innées ou acquises
  • Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDHA)

Quelles sont les situations à risques ?

Les accidents domestiques : les bagarres entre frères et soeurs, les chutes dans les escaliers ou contre un radiateur, concernent d’abord les plus jeunes enfants.

La cour de récréation : c’est la grande pourvoyeuse de coups et chocs entraînant des dommages dentaires chez les enfants de l’école élémentaire.

Le sport scolaire ou extrascolaire est également responsable de traumatismes dentaires chez les enfants qui les découvrent parfois pour la première fois.

Les activités sportives dites « dangereuses » : Longtemps pratiquées en club, des activités comme le rugby, la lutte ou l’acrosport, sont aujourd’hui enseignées au collège et lycée, mais aussi en primaire sans toujours bénéficier de conditions de sécurité suffisantes.

L’écomobilité : Plébiscitée dans les centres urbains car douce et non polluante, elle englobe les vélos, rollers, skates électriques ou non, gyroroues (ou monocycle auto-équilibré) et trottinettes électriques. Or, sans infrastructures spécifiques (les pavés ne constituent pas une bonne piste cyclable), sans protections (même à faible vitesse), et compte tenu de certains comportements (surtout chez les garçons), les adolescents friands de nouveautés en sont les premières victimes. Des accidents qui touchent dans 40% des cas la tête.
 

2. Traumatismes dentaires : Quelle prise en charge en urgence ?

La connaissance de la cause des traumatismes alvéolo-dentaires par les professeurs de sport, le personnel scolaire, les personnels médicaux, les parents et les enfants eux-mêmes, permettrait de prévenir leur apparition et surtout d’améliorer leur prise en charge, et ainsi leur pronostic. Un traumatisme alvéolo-dentaire peut avoir un impact négatif sur la qualité de vie de l’enfant et de son entourage (esthétique d’une dent cassée, dyschromie, douleurs, conséquences psychologiques de la perte d’intégrité physique, coût financier).

Prise en charge en urgence


Le traumatisme dentaire est considéré comme une urgence, une prise en charge en urgence ou le plus rapidement possible est nécessaire par le chirurgien-dentiste.
Cette prise en charge peut être différée pour plusieurs raisons. Un accident de la voie publique sera traité en premier lieu par le personnel médical. La prise en charge dentaire se fera dans un second temps. Une difficulté d’accès aux soins va également différer la prise en charge.
Le chirurgien-dentiste va chercher à récolter des informations sur le patient lui-même ainsi que sur les circonstances de l’accident. Les parents et l’enfant peuvent être en « état de choc », ainsi la première action du professionnel sera de les rassurer.
En cas de perte de conscience, même très brève, vomissements, maux de tête, écoulement nasal, troubles de la vue ou de signes d’atteintes cérébrales, une prise en charge hospitalière en urgence est nécessaire.

Le dentiste va avoir besoin des réponses à ces 3 questions afin d’affiner le diagnostic et la prise en charge :
1. Comment s’est produit l’accident ?
2. Où s’est produit l’accident ?

  • Evaluer le risque de contamination des plaies (antibiotique, tétanos)
  • Implication légale sur le lieu (école, domicile,…)

3. Quand s’est produit l’accident ?
Enfin, la prise en charge va dépendre de la dent concernée et du type de traumatismes.

Les traumatismes sont classés ainsi :
TISSUS DURS :

  • Fêlure : fracture incomplète de l’émail sans perte de substance.
  • Fracture amélaire : fracture avec perte de substance dentaire.
  • Fracture amélo-dentinaire (sans exposition pulpaire) : fracture affectant l’émail et la dentine avec perte de substance dentaire, mais n’affectant pas la pulpe.
  • Fracture coronaire avec exposition pulpaire : fracture de l’émail avec atteinte de la pulpe.
  • Fracture corono-radiculaire sans exposition pulpaire : fracture affectant l’émail, la dentine et le cément, avec perte de structure dentaire mais sans atteinte de la pulpe.
  • Fracture corono-radiculaire avec exposition pulpaire : fracture affectant l’émail, la dentine et le cément, avec perte de structure dentaire avec atteinte de la pulpe.
  • Fracture radiculaire : fracture de la dentine, du cément et de la pulpe.


TISSUS PARODONTAUX et OSSEUX :

  • Contusion : traumatisme paradontal sans relâchement ni déplacement de la dent (hématome)
  • Subluxation : mobilité normale sans déplacement.
  • Extrusion : déplacement partiel de la dent hors de son alvéole.
  • Luxation latérale : déplacement complet de la dent hors de son alvéole.
  • Impaction : dent rentrée dans l’os.
  • Expulsion : déplacement complet de la dent hors de l’alvéole.
  • Fracture alvéolaire : fracture affectant l’alvéole.


Un traumatisme alvéolo-dentaire va toujours nécessiter une surveillance par un chirurgien-dentiste dans un délai plus ou moins rapide.
Les traumatismes sur les dents temporaires sont souvent associés à des plaies des tissus mous (lèvre supérieure, frein labial supérieur) qui peuvent impressionner les proches de l’enfant.
Des sutures peuvent être nécessaires au cabinet dentaire ou en milieu hospitalier si des pertes de substances sont présentes.
Une hygiène rigoureuse permettra la bonne cicatrisation.

Urgence sur dent temporaire :
S’il y a une gêne ou une douleur au moment des repas, il faut consulter un dentiste le plus rapidement possible. Il peut s’agir d’une fracture radiculaire, coronaire ou corono-radiculaire.
Une fracture de la table osseuse va nécessiter la mise en place d’un traitement antibiotique.

Urgence sur dent permanente :
Le traumatisme sur une dent permanente est toujours une vraie urgence.
Une fracture coronaire va nécessiter la protection de la plaie dentinaire le plus rapidement possible.
 

Suivi après un choc


Pour le praticien, faire un diagnostic précis, choisir la meilleure décision thérapeutique relève souvent d’un véritable défi. En effet, les réactions des dents aux chocs subis ne sont pas toujours immédiates.

Activités de plein air, gestes inconsidérés entre copains, courses, vélo, jeux de ballons, escalades… Non les enfants ne jouent pas qu’à la Wii et l’enfance reste l’âge du goût de l’aventure ! Quand ils ne sont pas devant un écran ou rivés à leur console, les occasions de tomber et donc, éventuellement, de se casser une dent ne manquent pas.

Quand l’accident est arrivé, que la dent soit cassée ou non, un traumatisme est toujours une urgence. Plus la prise en charge est rapide, plus les chances de conserver la dent en bon état sont importantes. Dans le cas contraire, les chutes sur les dents peuvent avoir des séquelles très handicapantes et perturber le bon déroulement d’un éventuel traitement orthodontique, voire le rendre obligatoire.

Le chirurgien dentiste procède à une radio pour tenter d’évaluer la situation : racine cassée ou fêlée, mobilité des dents, à des tests de vitalité de la ou des dents choquées, lésion osseuse et/ou déplacement du germe de la dent définitive. Si la dent est déplacée, un appareil orthodontique peut être posé rapidement pour lui permettre de se remettre en place.

Attention, les réactions des dents aux chocs subis ne sont pas toujours flagrantes ni immédiates. Les conséquences à moyen et long terme peuvent en effet être très sérieuses. Il faut donc rester vigilant et effectuer un contrôle tous les 6 mois !
 

3. Rôle de l’orthodontiste dans la prévention, et le suivi, des chocs dentaires de l’enfance

Prévention des chocs



Traiter les anomalies orthodontiques présentes apporte de nombreux bénéfices visibles.
La conclusion d’une grande étude internationale apporte la preuve scientifique de l’avantage d’un traitement orthodontique chez les jeunes enfants ayant les « dents en avant ». Cette prise en charge précoce permet de diminuer le risque de fracture des incisives en cas de choc. Si cela tombe sous le sens et fait partie de la pratique des orthodontistes, cette étude confirme le bénéfice de ce traitement, d’autant que la fréquence des traumatismes est très élevée : un enfant sur trois reçoit un choc sur les dents avant l'âge de 5 ans, et un enfant sur deux entre 8 et 12 ans.

Quand les dents s’avancent…
Parmi les anomalies de positionnement des dents, une des formes les plus courantes est celle des « dents du haut en avant ». Il s’agit en réalité d’un décalage entre les dents des deux mâchoires, celles du haut étant souvent avancées par rapport à celles du bas. Ce décalage peut être consécutif à la succion du pouce, ou d’une tétine, dû à un mauvais positionnement de la langue, ou à un caractère héréditaire. En plus d’être un sujet de moquerie pour les camarades de cour, cette malposition des dents de devant les expose plus fortement en cas de chute sur la face. En toute logique, lorsque les incisives sont très en avant, elles ne sont plus protégées par les lèvres, et sont les premières à endurer le choc en cas de traumatisme (chute, coup, choc).

Mieux vaut prévenir
Quand l’enfant présente une telle denture, il est important de consulter l’orthodontiste pour un dépistage vers l’âge de 6-8 ans. La prise en charge devra s’accompagner d’une suppression des habitudes déformantes telles que la succion des doigts ou d’une tétine, et d’un examen des fonctions orales (déglutition, respiration). Le port d’un appareil d’orthodontie sera alors prescrit par l’orthodontiste en fonction de la nature exacte des mauvaises positions dentaires.

De nombreuses études ont démontré que le protège-dents aide à prévenir des fêlures et des fractures dentaires. Il protège également les lèvres, les gencives ainsi que tous les autres tissus mous présents dans la bouche.
Véritable coussin pour amortir les chocs et répartir la force de l’impact, il agit également comme une barrière entre les dents et les tissus mous.


Suivi au long cours



Un suivi rigoureux avec contrôles chez le praticien pendant au moins 1 an voire plus, si des suspicions de lésions existent.
Les réactions des dents peuvent s’observer très longtemps après le choc. Il va donc s’agir d’un suivi au long cours. Quels sont les risques encourus ?

Sur les dents de lait : toute douleur ou changement de couleur sur ces dents doivent alerter la famille et entraîner un contrôle chez le chirurgien-dentiste qui va tester à nouveau la vitalité des dents. En effet, le choc peut provoquer une rupture du paquet vasculo-nerveux de la dent, parfois difficile à détecter lors du premier examen. La dent se nécrose lentement pouvant provoquer quelques mois plus tard une infection qui peut aller jusqu’à l’abcès.
Si la ou les dents ont dû être dévitalisées, être attentif à tous signes de douleur car les dents de lait sont difficiles à traiter. Il est souvent nécessaire de reprendre le traitement des racines. Un contrôle, tous les ans, sera recommandé.
Sur les dents définitives : toute douleur doit être immédiatement prise en compte et le praticien devra évaluer la vitalité de la ou les dents. Le risque d’infection est majeur. C’est au praticien de décider de la thérapeutique à mettre en oeuvre. À long terme, la ou les dents dévitalisées vont devenir grises.
En absence de douleur, un contrôle de l’évolution des racines des dents traumatisées devra être fait systématiquement chaque année jusqu’à la puberté car il existe une grande variété de réactions tardives des racines des dents définitives : racine diminuée, dent ankylosée, racine détruite.
Il est donc indispensable de rester vigilant lorsque les enfants font des chutes sur les dents. Même rassuré par le chirurgien-dentiste lors de la première visite, il est fortement conseillé de faire un contrôle annuel.


Les recommandations de la FFO pour protéger leurs dents



Chez le tout petit, la surveillance s’accompagne de l’éducation à la protection lors des chutes : il faut lui apprendre à protéger sa face avec ses mains ou ses bras.
Chez le jeune sportif, l’utilisation d’un protège-dent du commerce thermoformé est indispensable et aide à prévenir les fêlures et fractures dentaires. Véritable coussin amortisseur, il répartit la force de l’impact et agit comme une barrière de protection des dents et des tissus mous.
Attention, il est important de rappeler qu’un casque ne protège pas le visage. Enfin, il est nécessaire d’augmenter son niveau de vigilance si l’enfant a les « dents en avant » et /ou la bouche ouverte.
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